L'Essentiel est merveilleux

Editions QUINTESSENCE    

FRANCE

LES BLESSURES DU PASSÉ

 

 

 

Le passé est derrière nous, et c’est irrévocable : nous ne pouvons le faire exister une deuxième fois ; rien ni personne ne pourra nous faire revenir en arrière, d’où l’importance de vivre le moment présent intensément.

Les erreurs ont été commises une fois pour toutes : nous les avons subies, ou nous les avons fait vivre : à nous de nous en servir intelligemment de façon qu’elles nous fassent progresser. Si les pages de notre vie n’ont pas été tournées correctement, sans regrets, ni remords, le passé reste là, omniprésent, fauteur de troubles, de doutes, de nostalgie et de larmes.

Et si nous regardons trop en arrière, le moindre obstacle qui se dressera sur notre chemin sera rude à franchir, faute de ne l’avoir pas vu ; si nous ne nous efforçons pas de vivre l’instant présent qui nous est donné, cette barrière que nous devons enjamber nous semblera difficilement surmontable et elle fera partie de notre passé , en laissant des traces plus ou moins douloureuses...

Nous avons besoin de toute notre vigilance pour accomplir les actes de notre vie quotidienne et déterminer les choix qui nous conviennent le mieux. Si nous désirons vivre le plus sereinement possible, nous devons assumer les responsabilités qui surviennent tout au long de notre existence. Qu’est-ce qu’être responsable ? C’est être capable de prendre des décisions sans l’approbation ni le désaccord d’un entourage ou d’une autorité supérieure. C’est assumer notre vie et tous les engagements que nous avons pris, sans en référer à autrui. C’est se retrouver seul, face à face avec soi-même, sans se retourner vers le passé, ni se projeter dans le futur. Nous ne pouvons être ici et ailleurs en même temps, car, alors, les risques d’incidents et d’accidents seraient pratiquement inévitables. Comment être attentif et comment être centrés sur le présent à ce que nous faisons "ici et maintenant", si nos pensées sont ailleurs et si notre esprit est retourné à un moment précis de notre histoire ancienne...

Certains évènements de notre enfance ou de notre adolescence, ou même ceux qui ont eu lieu récemment nous ont si profondément écorchés qu’il est difficile de les oublier. Et pourtant, nous voudrions tellement effacer de notre mémoire, tout ce qui nous a si cruellement blessés dans notre chair et dans notre âme...

Or éluder ce qui nous a choqués, peinés, révoltés et déchirés n’est pas la meilleure des solutions : nous sommes tous dotés d’une mémoire fidèle - à plus ou moins grande capacité. Elle a enregistré - et c’est bien là, la preuve qu’elle fonctionne à merveille! - des situations très détaillées : des scènes de notre vie où l’émotion était intense ; nous en étions les spectateurs ou les victimes, ou peut-être même les acteurs. Ces moments de douleur, de peur, de chagrin ou de joie sont gravés à jamais dans notre mémoire. Beaucoup sont dus à l’interprétation d’un manque d’amour.

Alors nous vivons mal, et nous vivons quand même...

Nos angoisses sont présentes et sournoises, elles jaillissent au moment où quelquefois nous ne nous y attendons pas. Elles se caractérisent par des crises, des malaises, des phobies, et toutes sortes de symptômes qui dérangent notre vie quotidienne. Elles expriment un grand désarroi qui s’est installé au plus profond de nous, à notre insu : nous les haïssons car, dans la plupart des cas, nous ne pouvons pas les maîtriser.

Certains d’entre nous prendront la décision de ne plus vivre avec ces névroses : une solution peut être envisageable : aller consulter un médecin spécialisé dans la psychiatrie, mais le "qu’en dira-t-on" les menace. Mais ceux qui auront vraiment envie de mettre un terme à toute leurs souffrances morales, tourneront le dos aux tabous, et iront avec courage et détermination faire soigner leurs "états d’âme" : remettre le passé à sa juste place, accepter avec une volonté inébranlable toute cette période de leur vie, qu’est leur "histoire", et tout ceci dans un seul but : ne plus se sentir coupable, enfin... Telle est l’une des raisons - et ce n’est pas la moindre - qui nous pourrit la vie. Qui n’a pas dit, au moins une fois dans son existence "c’est de ma faute, si j’avais su, j’aurais dû..." La notion du bien et du mal prend ainsi une importance démesurée et si dévastatrice qu’elle nous torture impitoyablement : au lieu de nous dire que nous avons fait du mieux que nous avons pu, et du meilleur de nos connaissances, nous voilà en train de nous infliger des sévices mentaux. Nous oublions alors que nous ne sommes que de faibles êtres humains et que les "erreurs" sont là pour nous permettre d’avancer...

Un travail de deuil s’impose et, refuser de le faire, bloque ce fleuve qu’est notre vie.

Développons à présent, pour mieux comprendre, la signification du mot "deuil" : il est associé à la mort, celle qui fait peur ; tout le monde y pense mais personne n’en parle. C’est un sujet tabou que l’on évite, même s’il concerne tout le monde !

La disparition d’êtres vivants est une souffrance. Nous les pleurons, et c’est normal, puisque nous sommes humains avant tout. Le chagrin doit se vivre et s’extérioriser : éclater en sanglots dégage le plexus solaire bloqué par la tristesse et l’émotion occasionnées par cette rupture. Les larmes provoquées par la douleur morale doivent couler. Surmonter et passer cette épreuve demandent du courage et du temps. Le fait d’être séparés de ceux que nous chérissions particulièrement nous attriste. Nous ne pouvons plus communiquer... Peut-être pensons-nous que nous n’avons pas eu ou pas pris le temps de leur dire combien nous les aimions. Peut-être, aussi, ressentons-nous le besoin non assouvi de leur dire tout ce que nous avions sur le coeur...Nous nous sentons abandonnés et nous pleurons alors sur nous-mêmes car nous éprouvons un sentiment de culpabilité ; "si j’avais su..." Cette expression est très employée lors de circonstances graves et douloureuses. Nous nous remémorons la relation que nous avions eue avec nos chers êtres décédés. Nous aurions voulu qu’elle dure encore, tant nous avions de choses à leur dire !

Quelle opinion avons-nous des individus qui conversent avec leurs pauvres disparus ? Ils sont qualifiés de fous par les gens dotés d’un esprit cartésien, or, qu’importe le jugement d’autrui s’ils éprouvent l’envie de converser avec ceux qu’ils ont chéris. Il ne faut pas que cela dure trop longtemps. Ce n’est bon ni pour les morts, ni pour les vivants. Avoir une belle pensée d’AMOUR pour ceux qui ne sont plus ici-bas, peut largement suffire : l’âme du défunt s’élève pour continuer son évolution, et celle de celui qui reste pour poursuivre la sienne. Malheureusement, la mort est un gigantesque commerce : les médiums prolifèrent. Ils affirment être les intermédiaires entre le monde des vivants et le monde des esprits, ainsi la relation avec les disparus que l’on croyait définitivement terminée reprend forme. Le travail de deuil est alors interrompu. Cette "science" occulte qui consiste à rentrer en contact avec des âmes désincarnées, peut se révéler très dangereuse pour tout le monde. Faire tourner les tables ou employer d’autres supports mystiques plus fascinants les uns que les autres, empêche d’exister et incite à se rattacher au passé. Celui-ci se retrouve au temps présent ; il contrarie notre propre cheminement. Il n’est pas sain d’entretenir de telles liaisons. Pour certains, la mort est à l’origine d’un vaste négoce car, tout comme le futur, elle suscite de nombreuses interrogations.

Excepté quelques rares personnes déclarées cliniquement décédées qui osent témoigner de leur N.D.E - de l’anglais Near Death Experience, c’est à dire expérience proche de la mort - personne ne sait ce qu’il y a après la vie : personne n’en est jamais revenu !

De très bons ouvrages tels que "La vie après la vie" de Raymond Moody (9), relatent les situations vécues de quelques individus ayant juste franchi le seuil de la mort. Fin et renaissance se rejoignent étrangement. Ils décrivent tous les mêmes

sensations : un amour intense et une sublime impression de paix qui les entourent ; une lumière éblouissante les attire au bout d’un tunnel obscur. Ils déclarent avoir eu le libre arbitre de choisir entre continuer cette ascension ou bien de revenir "habiter" leur enveloppe charnelle. Certains se souviennent aussi quelquefois avoir traversé une sorte "d’enfer", qu’ils nomment ensuite le "bas astral" : c’est le lieu où résident les âmes errantes ou perdues ; elles n’arrivent pas à s’élever pour atteindre les niveaux supérieurs qu’elles doivent parcourir pour se réincarner. Elles ont besoin d’Amour et de Lumière : les retenir sur terre, en pratiquant des séances de spiritisme, par exemple, les empêche de "monter". Tout ces phénomènes ne se passent pas dans un endroit précis et géographique, mais dans une zone vibratoire. Ces témoins, voyageurs temporaires de la vie après la mort, ne peuvent pas apporter de preuves concrètes de ce qu’ils ont perçu. Ce ne sont que des constats non élucidés par la recherche scientifique. Nous avons le liberté d’y croire

(9) Raymond MOODY "La vie après la vie" Éd. Robert LAFFONT 1997

 

ou de donner une autre version de ces manifestations qualifiées "d’étranges".

Quand l’un d’entre nous vit quelque chose de "surnaturel", il doit automatiquement se justifier et apporter les preuves de ce qu’il déclare avoir vu ou entendu. S’il n’agit pas ainsi, sa crédibilité est inacceptable : il préfère alors se taire...

Que l’on soit croyant ou non, une période de réflexion et de recueillement est nécessaire. Il faut laisser du temps au temps... Il ne s’agit pas d’oublier ceux et celles qui ont fait un bout de chemin avec nous, dans notre existence. Désormais, ils restent présents dans un coin de notre coeur. Il ne nous reste plus, dans notre impuissance, que le recours de fleurir leurs tombes, avec la sensation apaisante d’être plus près d’eux...

Chaque fois que nous pensons à eux, nous pouvons leur envoyer une belle pensée d’Amour car si leur corps qui véhiculait leur âme n’est plus, elle, cette âme, est éternelle...

D’autres occasions où des périodes de deuil sont nécessaires sont celles, par exemple, où nous renonçons à la vie que nous avions souhaitée, aux idéaux si hauts que nous nous étions fixés qu’il était probablement impossible de les atteindre. Cette sensation de frustration et de regrets empêche d’aller de l’avant. Faire le deuil des déceptions qui, à l’époque où nous les avons vécues, nous paraissaient négatives : quelque temps plus tard, elles peuvent s’avérer utiles dans notre évolution. Cette façon d’interpréter positivement les moments passés que nous avions refusés, nous ouvre bien des portes : celles que nous avions voulu fermer définitivement pour mettre un terme à nos souffrances. Rien ne s’est passé comme nous l’avions prévu parce qu’à vouloir tout contrôler, on finit par se perdre soi-même. Combien de fois anticipons-nous des évènements qui se déroulent à l’opposé de ce que nous avions prévu ?

Une relation amoureuse qui se brise, un emploi espéré qui ne verra jamais le jour, le doux espoir d’une petite vie bien rangée sans tracas, ni fracas : tout ce que nous souhaitions et qui ne sera peut-être pas... Autant d’éléments qui engendraient une grande illusion et qui se volatilisent au cours de notre vie, nous plongent dans l’amertume au bord du désespoir. Un projet qui ne se concrétise pas nécessite un travail de deuil à effectuer. C’est, en sorte, tourner les pages de notre histoire, à son rythme, en n’ayant aucun remords. Les évènements que l’on qualifiait de négatifs peuvent apparaître positifs à notre grand étonnement ; encore faut-il être sincère avec soi-même... Il y a toujours une raison à tout, même si nous, faibles humains, nous ne la comprenons pas. Chaque jour nous offre des possibilités nous permettant de "grandir" : celles que nous ignorions parce que le doute et le manque de confiance s’installent sournoisement. Tout ce qui est nouveau est original et inattendu. Nous avons simplement peur de ce que nous ne connaissons pas. Nous pensons qu’il est rassurant d’avoir une existence réglée par nos soins, comme du papier à musique. Tout est sous notre contrôle, tant et si bien que lorsqu’un impondérable surgit, c’est un bouleversement estimé comme un désastre, alors qu’en fait, c’est un virage à négocier.

La vie est un fleuve soit tranquille, soit remuant. Quelquefois on aperçoit l’horizon, puis il devient sinueux et la visibilité est pratiquement nulle. Nous sommes sur ce fleuve et ce sont les vagues de la vie qui nous portent, et non le contraire.

Ainsi, beaucoup d’individus éprouvent ce "mal-être", générant des malaises - parce qu’ils sont mal à l’aise - et refusent toute thérapie parce qu’ ils croient - par ignorance - que la psychiatrie n’est réservée uniquement qu’aux malades mentaux, les vrais, chez qui les troubles se voient, comme si ces pauvres gens étaient atteints d’une maladie honteuse. Étant tout à fait "hors normes", ces patients sont, au mieux, montrés du doigt, et au pire enfermés dans des lieux où l’on ne les verra pas. Ils ont tellement besoin d’Amour pourtant, et de compassion aussi. Emprisonnés ainsi, ils ne seront plus dangereux, ni envers eux-mêmes, ni envers leur entourage.

La loi du silence est implacable : nos bons et vieux chers "tabous", sources de jugements et d’insuffisance d’ouverture d’esprit et de tolérance, il serait temps de les faire tomber à l’aube de ce nouveau siècle : ce serait l’une des preuves de l’évolution spirituelle dont l’homme a tellement besoin à l’heure actuelle.

Certaines défaillances mentales chez certaines personnes ne se remarquent pas, et cependant, elles leur sont si douloureuses que leur vie présente cumulée avec celle du passé, n’est plus qu’un lourd fardeau : le mot "VIVRE" ne suscite plus chez elles que la contrainte d’une obligation de continuer à exister.

Chaque individu porte en lui des blessures du passé, quelles qu’en soient la taille ou la profondeur : nous nous sommes sentis offensés verbalement ou physiquement par quelque individu, si bonne qu’ait pu être son intention à notre égard dans divers moments de notre vie ; nous en avons souffert mais personne ne nous a pris au sérieux. Nous avions envie d’être aimés, sécurisés, confiants et respectés et nous avons eu la sensation d’avoir été trahis. Nous avons été victimes d’une blessure, puis d’une autre, et de bien d’autres encore : depuis elles suppurent, qu’elles soient anciennes ou récentes, elles sont là, rappelant inexorablement les épreuves vécues dans notre histoire passée. Elles proviennent souvent d’une interprétation d’un manque d’Amour.

Toutes ces plaies nous empoisonnent mais elles ne se voient pas. Nous nous efforçons ainsi de paraître heureux, nous déclarons que "tout va bien" alors que notre âme est dans un état de désolation que nous voudrions ignorer. Quelquefois ces traumatismes peuvent apparaître sous forme de maladies : le corps et l’âme ne sont plus en harmonie. Que pourrions-nous faire pour stopper cette infection que nous entretenons jour après jour ? Et si l’on avait enfin le courage d’accepter ce

qu’est notre "histoire", pour qu’enfin de belles et bienfaisantes cicatrices puissent se former ! Elles seraient les traces de ce que nous avons vécu, et ces blessures, une fois guéries, feraient partie de nous et ne nous empêcheraient plus de vivre.

Le passé retrouverait sa place, et nous, enfin, la nôtre dans le présent, celui que nous vivons à chaque seconde, à chaque minute... Et toutes ces heures deviendront elles aussi, un jour, des moments de notre passé.

Ceux qui ont réussi à acquérir des valeurs spirituelles ont beaucoup plus de facilité pour arriver à l’acceptation de ce qu’ils ont vécu : le refus d’évènements douloureux s’est d’abord présenté sous la forme de la colère qu’il ne faut surtout pas refouler, bien au contraire : elle doit être exprimée puis dégagée du corps physique ; puis vient la haine, ce sentiment d’injustice et de détestation - le ressentir n’a rien

d’anormal ; ensuite une période de compréhension doit s’installer, elle s’accompagne de moments de réflexion. Quand tous ces caps sont passés - et quelquefois cela peut prendre des années - le temps du "pardon" peut commencer à naître : pardon à l’autre de ne pas avoir été celui que l’on aurait voulu qu’il soit, et pardon à nous-mêmes de nous être autant culpabilisés. Après avoir traversé, non sans mal, toutes ces phases, l’acceptation peut désormais s’installer. Il faut prendre le temps nécessaire pour acquérir cette force qu’est l’indulgence, même si des années doivent s’écouler. Il n’est pas question, non plus, de se mettre à genoux devant ceux qui nous ont offensés. Il suffit simplement d’effectuer ce travail en silence, pour notre propre bien-être. Il nous délivre du pouvoir de celui qui nous a meurtris. Il est déconseillé de brûler les étapes : ne dépassons pas nos forces et soyons assurés que le véritable pardon arrive en son temps. Notre âme aura grandi et notre envie de vivre sera plus forte que jamais.

Le passé est une histoire, le futur un mystère ; le moment présent est un don. C’est pourquoi ce moment est appelé "présent" c’est à dire "cadeau".

 

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Auteur: Brigitte Cordonnier

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