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L'essentiel est
merveilleux
Editions
QUINTESSENCE
FRANCE
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Lors d’une conversation
avec un proche, que ce soit un parent ou un ami, nous ne
remarquons souvent que l’essentiel : notre intérêt
se porte sur ce qu’il dit et sur ce que nous allons
lui répondre, c’est le fonctionnement normal d’un
dialogue. Avons-nous prêté attention au comportement
gestuel de notre interlocuteur ? S’il est bien
confortablement assis au fond de son fauteuil, c’est
le signe que la discussion l’intéresse ; en revanche,
s’il est assis au bord de son siège, il est fort
probable qu’il est prêt à prendre la fuite tant la
situation lui semble ennuyeuse ou gênante. Certes, il
ne l’avouera pas, mais à la moindre occasion, il
prendra congé de nous. Son attitude l’aura trahie et
nous aurons su l’interpréter.
Citons un autre exemple,
intéressant lui aussi : quelqu’un que nous n’avons
jamais vu, entre chez nous, les bras croisés devant son
torse comme s’il voulait cacher son corps, c’est, en
fait, qu’il a peur de se dévoiler devant une personne
qui lui est inconnue ; il craint d’être jugé et
croit ainsi se protéger. Il existe tant de petites
manies gestuelles qu’il serait impossible de toutes
les citer, mais nous pouvons, à force d’habitude,
interpréter les plus courantes, si nous sommes
vigilants : nous savons alors dans quel état d’âme
se trouve celui ou celle qui nous tient compagnie...
Certaines attitudes
corporelles sont révélatrices et nous indiquent à qui
nous avons affaire. Nous pouvons également savoir si
notre présence est agréable, indifférente ou pénible
à notre interlocuteur. En faisant fréquemment appel à
notre attention, nous sommes capables de soulever les
masques de ceux que nous croyons bien connaître. Nous
nous éviterons ainsi de nombreuses désillusions.
Combien de temps
passons-nous à écouter "l’autre" ? Il nous
faut, quelquefois, faire preuve de patience. Mais
savons-nous bien tout voir et tout entendre ? L’autre
nous aura raconté ses petits et grands soucis,
qu’avec une extrême politesse nous aurons écoutés.
En fait, il aura exprimé la souffrance qu’il avait si
longtemps contenue et il sera content d’avoir retenu
l’attention de quelqu’un. Évidemment, chacun de
nous est tourmenté quelle que soit l’importance de
ses propres ennuis. Et nous ? N’avons-nous pas aussi
quelquefois envie de "vider notre sac" ?
N’aurions-nous pas parfois ce besoin de nous confier ?
Et l’impossibilité d’y réussir ne nous est-elle
pas désagréable?
Nous sommes tellement
différents et identiques à la fois...
Le manque de temps
contribue largement à l’absence de communication.
Notre solitude mentale nous plonge dans un mal de vivre
à la limite du supportable.
Si nous pouvions trouver
quelqu’un qui au lieu de nous juger hâtivement,
aurait la gentillesse d’être juste, attentif et
compatissant ! Et si à notre tour, nous pouvions être
cet interlocuteur tant recherché...
Écoutons à présent,
notre langage. Sans en prendre réellement conscience,
nous exprimons nos maux par des mots. Il est drôle,
quelquefois, et enrichissant d’essayer de comprendre
certaines expressions populaires que l’on a entendues,
et peut-être même prononcées.
"J’en ai plein le
dos. Quel casse-pieds ! Cela ne me regarde pas. Je me
fais du mauvais sang. J’ai la mémoire qui flanche. Je
me fais de la bile. Cela me prends la tête. J’en ai
le souffle coupé. Je suis énervé. J’ai disjoncté.
J’ai pété les plombs. J’en ai la nausée. Je suis
écoeuré. J’ai un noeud à l’estomac. Je suis
paralysé de peur. Tu me casses les oreilles. J’ai du
vague à l’âme..."
Le dos, les pieds, les
yeux, le sang, le cerveau, le foie, la tête, les
poumons, les nerfs, le coeur, le ventre, les membres,
les oreilles... Nous employons ainsi dans notre
vocabulaire les parties de notre organisme dès qu’un
impondérable surgit dans notre vie.
Nous sommes souvent
sujets à des douleurs physiques, banales ou
importantes. C’est notre corps qui nous envoie des
messages. Nous avalons des remèdes qui soulagent plus
ou moins les souffrances que nous ressentons. C’est
faire disparaître ainsi les effets sans chercher à
comprendre la cause qui est à l’origine de notre
"maladie". Nous avons tant de "mal à
dire" ... Nous ne prenons pas le temps d’exprimer
exactement, à l’aide de mots justes, ce que nous
ressentons. Nous interprétons aussi très mal tout ce
que nous entendons. Nous parlons trop souvent à tort et
à travers, dans le seul but de rompre le silence, comme
s’il était un ennemi. Nous ne prêtons pas assez
d’attention au poids des mots.
Une douleur aux genoux dénoncerait
peut-être un manque de flexibilité : devant qui - ou
face à quoi - ne pouvons-nous pas nous plier ?
J’aimerais m’attarder sur cette partie du corps,
pour le symbole qu’elle représente : dans quelle
position, généralement, voit-on les gens prier ? Ils
sont à genoux soit pour demander pardon, soit pour
exprimer une requête. S’ils n’ont pas de mal à
s’agenouiller, cela dénote une certaine souplesse
dans leur rapport avec leur propre croyance.
Certaines parties de
notre enveloppe charnelle semblent plus symboliques que
d’autres, les plus visibles surtout. Nos yeux sont le
reflet de notre âme... Un seul regard peut en dire
long. Il est une expression que nous entendons
couramment : "Cela ne me regarde pas". On
manifeste de cette manière le refus de laisser voir
certaines choses. Les plus sensibles d’entre nous développent,
peut-être, une anomalie qui diminue leur vision. Ce
point de vue est symbolique, et ce langage ésotérique
est peu compréhensible au commun des mortels. Ce genre
de philosophie n’est pas encore très répandue. Nous
sommes encore attachés à tout ce qui est traditionnel
; ce qui est nouveau nous laisse perplexe...
Ne dit-on pas de
certains, qu’ils parlent avec leurs mains ?
Alors regardons-les et écoutons
le langage de celles-ci... Nos mains, organes de la
sensibilité et de la préhension, dévoilent aussi
notre "être" : elles servent à caresser, à
donner, à recevoir. "Tendre la main", "à
pleines mains", "prêter la main",
"prendre en main", "avoir les mains
libres", "en de bonnes mains",
"avoir le coeur sur la main", "demander
la main d’une jeune fille"... Nombreuses sont les
locutions où les mains révèlent notre authenticité.
Évidemment, ceux qui
contrôlent tous leurs gestes ne font que paraître, et
nous ne savons plus très bien à qui nous avons
affaire.
Nous vivons une époque où
les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes : le
refus de s’ouvrir au monde les empêche de s’adapter
aux changements perpétuels qui se déroulent sur Terre.
Ainsi ils ne communiquent plus : l’absence des mots
provoque des maux.
Certains scientifiques
osent affirmer que l’usage immodéré d’Internet
provoquera des maladies qui entraîneront une forme
d’aliénation mentale. Quelques inventions ont des
effets pervers. Être assis à longueur de journée
devant un écran d’ordinateur en "surfant sur le
web" plonge son utilisateur dans un monde virtuel.
En revanche, s’en servir raisonnablement pour
communiquer est une bonne façon d’échanger ses
connaissances. Il faut vivre avec son temps. Il s’agit
simplement de s’acclimater aux circonstances dans
lesquelles nous devons évoluer, en utilisant avec modération,
les technologies nouvelles qui nous sont offertes.
Il est très agréable néanmoins
de parler avec les autres. Encore faut-il savoir
traduire tous les langages qui nous sont proposés. Nous
varierons notre vocabulaire selon la personne qui se
trouve en face de nous. On ne peut pas parler avec un
jeune de banlieue comme on parle à un octogénaire, le
courant ne passerait pas... La langue française est
riche et nous propose une grande diversité de mots afin
de pouvoir dialoguer avec autrui. Encore faut-il savoir
user de diplomatie... Celle-ci se perd et laisse place
aux vociférations que nous entendons journellement.
L’intolérance, l’orgueil et le manque de sympathie
mènent à l’irrespect qui engendre toutes sortes de
conflits. Le dialogue ne passe plus. Chacun déclame son
monologue sans accepter le point de vue de l’autre :
les colères surgissent et le malaise s’installe.
La diplomatie est un art
qui s’apprend à tout âge : elle consiste à mesurer
et à nuancer les convenances dans les relations avec
son entourage. Il serait judicieux de comprendre que ce
qui convient à soi-même, ne convient pas
obligatoirement aux autres. C’est une façon
d’accepter la différence et de s’ouvrir sans
crainte au monde. Ce genre d’attitude installe une
belle harmonie.
"Tout ce qui était
n’est plus ; tout ce qui sera n’est pas encore. Ne
cherchez pas ailleurs le secret de nos maux." (18)
(18)
Alfred de MUSSET "La confession d’un enfant du siècle"
Éd. FLAMMARION 1973

Graphique : Brigitte Cordonnier

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Auteur : Brigitte
Cordonnier
Copyright Le Royaume
chez Rubis
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