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L'essentiel est
merveilleux
Editions
QUINTESSENCE
FRANCE
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LE
SILENCE |
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Dans la préface de ce livre, je parle
du silence. Quand une période de stress commence à
s’installer en moi, j’aime me répéter mentalement
divers synonymes du mot "SILENCE" :
CALME, PAIX, TRANQUILLITÉ, QUIÉTUDE.
La douceur de ces substantifs m’apaise. Certains préfèrent
employer l’anglicisme "cool" : c’est plus
actuel et plus jeune... A chacun son langage,
l’essentiel étant de se comprendre et d’être
compris.
L’absence de bruits extérieurs
qu’est le silence, est un moment de bienfait aux
pouvoirs régénérateurs, et malheureusement dans la
vie stressante que nous menons, il est devenu un
luxe...Nous sommes pris dans un tourbillon bruyant et
presque incessant. Quand et où pouvons-nous nous
permettre de souffler et d’écouter nos pensées sans
être dérangés ? Excepté les personnes qui vivent au
fin fond des campagnes, nous sommes pratiquement tous
agressés, plus ou moins sans en prendre conscience, par
un vacarme nocif à long terme, auquel nous avons dû
nous accoutumer...ou presque.
La télévision ronronne dans chaque
foyer. Elle nous montre ce qui est beau, ce qui est
laid, ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est
nuisible pour nous et ce qui ne l’est pas : en fait,
elle parle et pense à notre place. Elle reflète les
images qui attireront le regard des téléspectateurs
pour faire grimper "l’audimat". Diverses
fictions aussi, nous sont offertes, pour paraît-il,
nous divertir et nous faire rêver... L’être humain,
ne serait-il pas capable de faire fonctionner son
imaginaire sans avoir recours à celui des autres ? Mais
comment donc pouvaient vivre les gens à l’époque où
ce récepteur n’existait pas ? Chacun peut apporter la
réponse qu’il veut à cette question... Il faut être
juste, quand même : certaines émissions offrent de
jolis spectacles à ceux qui n’ont pas les moyens de
se distraire - soit pour des problèmes financiers, soit
parce que leur santé ne leur permet pas de se déplacer.
Malgré tout, la plupart du temps,
notre petit écran nous montre tous les signes extérieurs
de richesse, ceux-ci effaçant par la même occasion,
nos bonnes et bien vieilles "vraies valeurs" ;
du même coup, notre spiritualité se met en veille.
Nous sommes dans une société ou l’on prône le culte
du luxe ostentatoire d’une façon démesurée. L’art
de vivre dans un juste confort n’est pas apprécié à
sa juste valeur. Cette même société, dite "de
consommation", se sert de la télévision comme
moyen de communication "numéro un" : elle
nous pousse à acheter tout et n’importe quoi en nous
certifiant, que c’est là, l’accession au bonheur.
Le but des publicités, pour ne citer qu’elles, est de
nous faire croire qu’acquérir le dernier objet à la
mode, qui vient de sortir sur le marché, nous rendra
heureux - il faut savoir que des méthodes subliminales
sont employées à notre insu - : c’est tellement bien présenté,
dans notre conscient ou notre subconscient, que ceux
d’entre nous, qui sont plus influençables, tombent
dans le piège de ces procédés. Ils ne résistent pas
à ces manipulations mentales, et ressentent une
certaine frustration s’ils n’ont pas la possibilité
de s’approprier l’objet de leur aspiration.
Nous allons acheter cette chose en
question. Nous sommes ravis, nous la désirions tant !
nous sommes satisfaits de ce nouvel achat. Puis, jour
après jour, ce qui avait été tant désiré ne suscite
plus tellement l’intérêt que nous lui avions porté.
Nous songeons déjà à autre chose. Et le même scénario
recommence : le désir, l’envie, l’acquisition, la
lassitude se succèdent. Nous voici au pied du mur, avec
nos crédits à rembourser et nos rêves éphémères.
Nous ne sommes pas comblés...Pire, même : endettés,
le dos tourné à la béatitude, nous sombrons dans le
doute et la désillusion.
"Qui vit content de rien, possède
toute chose."(12) Cette petite phrase pourrait être
le sujet d’une longue méditation.
Nous aurions besoin, à ce moment-là,
d’un grand moment de silence pour voir ce qui ne va
pas ; une synthèse serait la bienvenue, ce pourrait être
celle-ci : nous nous sommes mentis à nous-mêmes :
"QUAND J’AURAI TOUT CE QUE JE
VEUX, JE SERAI HEUREUX". Cessons d’écouter le
monde extérieur quelques instants et faisons un tour à
l’intérieur de nous pour y trouver nos propres
besoins : ceux qui nous remplissent de joie, d’amour
et de sérénité. Offrons nous des petits plaisirs qui
n’ont pour prix que celui d’être bien... Ce n’est
plus le verbe "avoir" que l’on conjugue,
mais le verbe "être". Voici un exemple qui
concrétise cette pensée : nous décidons de passer une
soirée entre amis. Nous voici réunis autour d’une
table. Qu’est-ce qui nous aura sincèrement comblés :
ce qui composait le menu ou la douceur de partager
quelques heures avec ceux que nous aimons ?
Et si chacun se créait sa propre
notion du bonheur ? Après avoir été conditionnés
comme nous l’avons été, le chemin peut paraître
fastidieux, même inaccessible pour certains ; il suffit
d’essayer de faire le silence total autour de nous,
puis de nous concentrer et de savoir vraiment ce qui agrémenterait
notre quotidien. Certains diront que c’est vouloir
vivre en marginal, mais qu’y-a-t-il de marginal à désobéir
à ce que nous dicte la société ? Peut-être préfèrent-ils
suivre, coûte que coûte, ce pauvre monde qui coule
insensiblement, mais sûrement. A ceux-là, je répondrai
: "à chacun ses croyances". La notion du
bonheur est variable d’un humain à un autre. Oublions
le monde extérieur et trouvons la nôtre : celle qui
embellit notre âme, qui la nourrit d’amour et qui, de
ce fait, nous illumine et nous comble de bonheur...même
s’il ne dure que quelques heures. Cessons de courir
après un idéal devenu supérieur à celui qui l’a précédé
: retrouvons-nous dans la simplicité - celle qui est
accessible à tous.
Osons-nous juger ou critiquer les gens
qui contemplent un coucher de soleil avec un
enchantement inexplicable ? A la tombée du soir, cet
astre de feu atteint l’horizon ; il semble le dominer
de si haut, que la vision d’une mer en fusion ne
(12) Nicolas Boileau Épître V
(1669-1695) Éd. GALLIMARD
tarde pas à apparaître. Comment ne
pas s’émerveiller devant tant de beauté... Un crépuscule
paraît si banal pour certains, "pourquoi
s’attarder à l’admirer ?"...
L’être humain a besoin de
sensations fortes pour se rappeler qu’il existe.
C’est une façon de réveiller son esprit sclérosé
par la condition de vie qu’il s’est infligé. Ce qui
est quotidien et répétitif ne l’émeut pas. Peut-être
est-il blasé : il oublie vite que la vie est un miracle
qui naît chaque jour.
Tout ce qui lui semble ordinaire ne
l’atteint plus. Il n’y a que la rareté qui l’intéresse.
Pourquoi n’apprécier que ce qui est exceptionnel ? Ce
genre de comportement mène directement à l’ennui. Ne
pas se contenter des choses simples est une mauvaise
appréciation de la vie. C’est aussi passer à côté
de l’essentiel.
Depuis quelques années, les fêtes de
Noël - pour ne citer qu’elles - sont devenues
tellement commerciales, qu’au lieu d’apporter la
joie au sein d’une famille réunie en cette
circonstance, elles amènent chez certains un sentiment
de frustration. Les grands magasins se parent de leurs
guirlandes scintillantes et leurs vitrines vous
proposent du caviar, du champagne et bien d’autres
mets fastueux qui n’ont plus rien à voir avec les
gentilles traditions : la dinde et ses marrons, la bûche,
les chants et les rires des enfants, l’odeur du sapin
qui embaume la maison et les petites bougies que l’on
aura pris soin de disposer sur la table pour illuminer
cette soirée unique dans l’année... Passer à côté
de ces moments délicieux, c’est enlever des pages qui
illustreront magnifiquement le catalogue de nos
souvenirs... Les moments de réflexion se pratiquent
solitairement. Ils nous apprennent à distinguer les réalités
et à chasser les utopies. Noël...Ne serait-ce pas,
avant tout, une fête symbolisant la Paix, l’Amour et
la Joie ?
Tous les jours que Dieu fait ne sont
jamais les mêmes. Certains, plus que d’autres,
pourraient aussi être fêtés dans le recueillement.
Nous prenons plus le temps de prier que de bénir...
Il est vrai que la vie des temps
actuels ne nous laisse pas la possibilité de faire bon
usage de la lenteur et de l’exaltation : celui d’admirer le
lever du soleil ou le chant d’un oiseau, la pluie qui
perle sur les fleurs, la magnificence d’une nuit étoilée,
la splendeur des couleurs de l’automne du rouge cuivré
au rouge sang, en passant par le jaune doré que l’on
voit lorsque les arbres se dépouillent, ils nous
offrent alors leurs dernières feuilles d’or ...
Qui s’attarderait à médiatiser ce
que tout le monde peut voir ?
Ce ne serait pas un scoop. Ce n’est
pas original. Nous sommes vivons une époque où la
rareté tient une place majeure. Celui qui la détient
flatte peut-être ainsi son ego, affamé de louanges. Il
possède ce que les autres n’ont pas... Comme il doit
être agréable de manger une louche de caviar seul
devant son poste de télévision, c’est certes plus
valorisant, pour certains individus, que de partager un
bon gratin dauphinois composé de nos bonnes et
ancestrales pommes de terre...
"Ils voulaient jouir de la vie,
mais, partout autour d’eux, la jouissance se
confondait avec la propriété..." (13)
Le 11 août 1999, un phénomène
rarissime s’est déroulé en France.
Il a déclenché une espèce
d’euphorie collective : toutes les caméras de télévision
étaient braquées vers le ciel : retransmise en direct
sur plusieurs chaînes de télé, une éclipse allait naître
au-dessus de nos têtes. Nous avons été informés
plusieurs semaines avant que se produise cet évènement
"extraordinaire" certes, mais naturel : la
lune passe entre la Terre et le soleil, interceptant les
rayons lumineux de celui-ci. Nous avons été avertis du
danger que causait l’occultation de l’astre solaire.
Pour ceux qui le désiraient, des lunettes spéciales étaient
vendues un peu partout. Le risque de cécité était
bien réel. Les pupilles de nos yeux se dilatent dans
l’obscurité. Elles s’ouvrent variablement suivant
l’intensité de la lumière. La réapparition brutale
des faisceaux éblouissants de l’astre solaire ne
laisse pas le temps aux pupilles de se rétracter -
n’oublions pas que ce ballet cosmique se déroule à
une vitesse supersonique ! Pour éviter des brûlures
irréversibles, chacun devait posséder ces fameuses
protections oculaires créées pour cette occasion. Une
vaste polémique fut le sujet de cette
commercialisation... Il n’y en avait pas assez pour
tout le monde ! En fait, une seule paire aurait pu
suffire pour toute une famille, par exemple. En se
responsabilisant et en étant vigilant, on pouvait se
les passer à tour de rôle...
Sur Terre, il y avait aussi tant de
sensations à percevoir : il est presque midi, un jeu
fugace d’ombres et de lumières métamorphose peu à
peu l’endroit où nous sommes. Le déclin du jour
commence. Alors que la lune masque peu à peu le soleil,
un léger vent d’une fraîcheur exquise se lève et
notre corps frissonne : la température extérieure
baisse de quelques degrés en peu de temps. La luminosité
qu’il y avait autour de nous commence à décliner,
elle aussi. Il va faire nuit... Et les douze coups de
midi ont sonné ! Alors le miracle de la nature a lieu :
le 11 août 1999, en France, le jour se lève pour la
seconde fois... Je me souviens de m’être surprise à
dire "MERCI" à haute voix. Sans lunettes,
j’avais ressenti quelque chose qui ne me laissa pas
indifférente : le début d’une seconde vie dans une même
vie...
Des milliers de gens ont applaudi ;
ils acclamaient enfin "Dame Nature", la création
parfaite du Tout-Puissant : Dieu. Ce mouvement gestuel
qui consiste à taper dans ses mains est une façon de
remercier.
Rappelons-nous les cris d’admiration
- et de joie peut-être - qu’ont poussés certaines
personnes lors de cette éclipse :
(13) Georges PEREC "Les
choses" Éd. JULLIARD/UGE 1981
"merveilleux",
"impressionnant" et d’autres qualificatifs
encore ont été attribués à ce spectacle cosmique
dans un ciel d’été... Quel plaisir gratuit - pour
qui savait le trouver - de voir la nuit surgir en plein
jour, d’observer tout ce qui se passe lors d’une éclipse
totale du soleil. Hormis ces fameuses petites lunettes,
tout ceci n’avait pas de prix ; pour une fois l’être
humain n’avait aucun pouvoir. Les spectacles naturels
ne s’échangent pas contre de l’argent. Le bonheur
non plus, d’ailleurs : il n’est pas à vendre. Il naît
de la plus petite lueur qui est enfouie au fond de nous
et qui ne demande qu’à s’épanouir. Ce genre de phénomène
inhabituel, et ceux qui paraissent moins insolites,
devraient contribuer à nous apprendre à être plus
humbles et à nous sentir privilégiés.
Ce ne sont que des moments de solitude
et de silence qui peuvent nous inculquer l’humilité
qui fait défaut aujourd’hui. Nous cesserions de nous
sentir frustrés à la moindre babiole... Nous arrêterions
de nous créer des besoins futiles et inutiles.
Magnifier le quotidien, encore et
toujours... Ne serait-ce pas la meilleure des devises ?
"Vivez si m’en croyez,
n’attendez à demain.
Cueillez dès aujourd’hui les roses
de la vie." (14)
Pour connaître ce qu’est le véritable
silence, il ne faut pas avoir peur de la solitude. Quand
nous nous retrouvons seuls dans un lieu, sans rien ni
personne, sans aucun signe de "vie", nombreux
sont ceux d’entre nous qui semblent terrorisés. A ce
moment là, notre imagination est fertile, le moindre
bruit nous fait tressaillir. Mais qu’est-ce qui
peut bien nous effrayer autant ? Nous-mêmes, tout
simplement : nous avons peur de nos peurs. Et nous voici
face à notre individualité, celle qui ne sera dirigée
par personne d’autre que nous, et l’on se demande en
réalité, quelle sera notre réaction.
Ces moments de retraite voulue et
d’isolement total peuvent nous apprendre énormément
de choses sur nous-mêmes. Ils contribuent à développer
nos pouvoirs cachés, nos possibilités latentes et nos
facultés endormies : oui, nous sommes capables, et oui
nous pouvons maîtriser notre imagination en faisant
face à tout ce que nous pouvons ressentir au fond de
notre être.
On peut comparer la vie à la
respiration : à l’inspiration, nous sommes à l’intérieur
de nous, à l’expiration nous en sommes à l’extérieur.
C’est très agréable d’être entouré, de côtoyer
des gens, ce communiquer, mais pas tout le temps : au
bout d’un moment, nous n’avons plus rien à nous
dire, alors nous nous appauvrissons dans des sujets de
discussions dont nous avons déjà fait plusieurs fois
le tour...Si nous ne nous imposons pas quelques plages
de solitude, nous ne pouvons pas nous retrouver avec
notre "être". Et pourtant, c’est la seule
façon de découvrir petit à petit nos qualités, nos défauts
et nos propres limites. Bien sûr, ce n’est pas simple
d’accepter qui nous sommes vraiment, mais ce qui est
essentiel, c’est de faire la
(14) Pierre de RONSARD "Sonnets
pour Hélène " Collection Lagarde et Michard Éd.
BORDAS
paix avec nous-mêmes. Cet exercice
silencieux nous oblige à "être", car
"paraître" à ce moment-là, ne sert plus à
rien. Cette recherche d’identité s’avère
quelquefois douloureuse, mais elle est salutaire et
contribue à l’élévation spirituelle.
Aussi vrai que l’être humain ne
peut vivre que socialement et qu’il ne peut vivre sans
s’exprimer, il ne peut se structurer que pendant des
instants de solitude - variables dans le temps selon le
besoin de chacun. C’est ce que certains nomment
"la traversée du désert"...
Lorsque l’on décide d’effectuer
cette retraite intérieure, le regard des autres ne doit
pas être un obstacle. Il n’apporte qu’un jugement
non fondé sur ce qu’il croit voir. Paradoxalement,
cette quête d’authenticité mène à l’altruisme.
Un épanouissement naît de ce labeur. C’est
l’exercice de la volonté, le cri de la confiance en
soi et l’expression de la foi. On peut, alors, se
comparer à un grand arbre aux branches majestueuses :
ceux qui auraient besoin de son ombre pourraient venir
s’y abriter.
"Il ne faut cesser de
s’enfoncer dans sa nuit. C’est alors que brusquement
la lumière se fait. Un pas de plus pour se perdre et
l’on se trouve"... (15)
(15) Francis PONGE "Pour un
Malherbe" Éd. GALLIMARD 1965

Graphique de Brigitte Cordonnier

suite

Auteur : Brigitte
Cordonnier
Copyright Le Royaume
chez Rubis
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