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La vie C’est une énigme que la vie! C’est une énigme, je le vois, J’en ai l’âme toute ravie Et toute blessée à la fois Le plus grand malheur qu’on peut en dire sans doute elle l’a mérité; Mais celui qui peut en sourire N’est pas loin de la vérité. Elle est l’amour et sa souffrance Qu’on recherche avec tant d’ardeur. Elle est aussi l’indifférence dont on bénit la profondeur. Elle est une belle harmonie Que le moindre choc peut briser. Elle est le râle d’agonie Et le murmure du baiser. Elle est la montée et la chute. Elle est le trouble, elle est la loi. Elle est enfin la longue lutte Qu’on livre sans savoir pourquoi. Le plus obstiné pessimiste Ignore-t-il en ses douleurs Qu’il n’est pas de terre si triste Où ne doivent germer des fleurs? Et que, même dans une larme, Il est parfois tant de beauté, de douceur, de grâce et de charme qu’on a sa part de volupté? Ceux qui soutiennent, au contraire, Que l’homme est heureux comme un dieu, Que tout est pour le mieux sur terre, Ne se moque-ils pas un peu? N’entendent-ils pas leur rêve De béate félicité L’immense sanglot qui soulève À chaque instant l’humanité? Il ne faut pas qu’on s’en effraie, Encore moins qu’on y prenne goût. Delle n’est ni triste ni gaie; Elle est la vie, et voilà tout. ( Émile Hinzelin )
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